Infrastructure numérique : Les data centers africains, nouvel or gris du capital-investissement

Luanda / Le Cap – Derrière le battage médiatique des startups grand public, une autre révolution silencieuse attire les milliards : les data centers. Avec l’explosion des usages de l’IA générative, du paiement mobile et de la souveraineté des données (lois sur la localisation), le continent africain rattrape son retard à grand vitesse.

Selon le cabinet Xalam Analytics, la capacité installée de data centers en Afrique devrait passer de 380 MW à plus de 1 200 MW d’ici 2030. En avril 2026, pas moins de douze nouveaux projets ont été annoncés ou sécurisés financièrement depuis le début de l’année, pour un total d’investissements de 4,5 milliards de dollars.

Les trois géants en lutte

  • Digital Realty (via sa filiale africaine Teraco) domine l’Afrique australe.
  • Equinix a accéléré après le rachat de MainOne au Nigeria.
  • Orange et Liquid Intelligent Technologies créent une surprise en s’alliant pour déployer un corridor de centres de données « neutres » reliant l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique de l’Est via le Sahel.

L’atout énergétique renouvelable. Contrairement aux idées reçues, plusieurs pays africains offrent un coût du solaire et de la géothermie très compétitif. Le Kenya (énergie géothermique) et l’Afrique du Sud (solaire privé) attirent des opérateurs hyperscale américains soucieux de leur bilan carbone.

« Un data center à Nairobi peut fonctionner avec 80 % d’énergie verte à un coût inférieur de 30 % à celui de Francfort », explique un rapport interne d’une grande banque d’affaires.

Les startups africaines pionnières. Des entreprises comme Zixtech (RDC, cloud régional) ou DataSphere (Côte d’Ivoire, edge computing) ouvrent la voie à une offre locale face aux GAFAM. Elles bénéficient de nouveaux fonds dédiés comme le Africa Digital Infrastructure Fund (ADIF, 1,2 Md$) lancé par Africa50 et la Banque européenne d’investissement.

Les freins. La pénurie de talents techniques (ingénieurs refroidissement, cybersécurité) et les lourdeurs administratives (douanes pour les serveurs, visas pour les experts) ralentissent les mises en service. « On peut avoir le financement et l’électricité, mais mettre six mois à importer un transformateur, c’est rédhibitoire », témoigne un opérateur à Lagos.

Perspectives. Les data centers deviennent une classe d’actifs à part entière, avec des rendements locatifs nets de 9 à 12 %. Les fonds de pension sud-africains et les assureurs marocains commencent à y placer une partie de leurs réserves. La guerre des data centers ne fait que commencer.

Partager