Financement : Le « dry powder » africain se réveille, mais les valuations restent sous pression
Dakar / Nairobi – Après deux années de vaches maigres (2024-2025), le financement des startups africaines repart à la hausse au premier semestre 2026. Selon le dernier rapport Africa: The Big Deal, les levées de fonds ont atteint 2,1 milliards de dollars entre janvier et avril 2026, soit une progression de 38 % par rapport à la même période en 2025. Pourtant, les investisseurs restent prudents : les tours de table sont plus longs, les due diligences plus poussées, et les valorisations ont reculé de 20 à 30 % par rapport au pic de 2022.
Le retour des grands noms. Des fonds internationaux comme Partech, TLcom Capital et Norrsken22 ont rouvert leurs carnets d’adresses. Mais c’est l’arrivée de nouveaux acteurs venus du Golfe (sanabil, ADQ) et d’Asie du Sud-Est (Grab Ventures) qui marque un tournant. Leur cible : les startups de la climate tech, de la logistique cross-border et des paiements hors ligne.
« Les fonds souverains saoudiens et émiratis cherchent des débouchés pour leur diversification hors pétrole. L’Afrique, avec sa démographie et ses besoins infrastructurels, est devenue un terrain d’expérimentation prioritaire », explique Amina Diallo, associée chez Global Ventures à Lagos.
La fin du growth at all costs. Contrairement au cycle 2020-2022, les investisseurs exigent désormais des unit economics solides. « On ne finance plus des pertes pour gagner des parts de marché. On veut voir une contribution positive après marketing dans les 18 mois », résume un managing director d’une family office suisse interrogé sous couvert d’anonymat.
Les secteurs gagnants
- Agri-fintech : Des startups comme Apollo Agriculture (Kenya) ou Agrix (Bénin) lèvent gros en combinant crédit mobile, assurance récolte et images satellites.
- Mobilité électrique : Roam (Kenya) et Spiro (Bénin) accélèrent après des rachats d’actifs d’entreprises chinoises.
- Santé décentralisée : Les plateformes de télémédecine et de distribution de médicaments (mPharma, DrugStoc) voient leur valorisation remonter, portées par les réformes des systèmes d’assurance nationaux.
À surveiller. La liquidité reste un problème. Les sorties (introductions en bourse ou rachats) sont trop rares. Aucune startup africaine n’est entrée au Nasdaq depuis 2022. Les introductions en bourse locales (Johannesburg, Casablanca, Nairobi) peinent à offrir des volumes suffisants. « Il manque un marché secondaire dynamique. Sans sortie, le capital va rester coincé », alerte le rapport.
Notre analyse : L’Afrique n’est plus perçue comme un actif spéculatif, mais comme un marché de rendement ajusté au risque. Les tickets moyens augmentent (5 à 15 M$), mais ils se concentrent sur les séries B et C de startups déjà rentables dans 3 à 5 pays. La fenêtre des amorçages faciles est fermée.